Le flic et l'altermondialiste
1°. Flic, ce n'est pas une vocation inspirée par des valeurs, c'est un métier qui suppose l'obéissance.
Examinons cette proposition. Qu'est-ce qu'un policier ? C'est un fonctionnaire, il est donc une simple fonction de l'Etat. Cette fonction est remplie par un corps de l'Etat : l'individu policier, que nous appellerons Nicolas. Avant d'être policier, Nicolas a été un jeune bambin, geignant à la sortie du ventre maternel. Il a grandi, a surement développé un complexe d'¼dipe diraient les freudiens, mais peu importe. Puis les années passant, il s'est trouvé dans la nécessité d'avoir un travail. Il avait besoin d'autorité et de liberté en même temps, il se sentait prêt à servir l'Etat et à entrer dans un système hiérarchique.
Nicolas est devenu policier par intéressement.
A ceux qui prétendent que le policier devient policier au nom de valeurs, que donc la fonction ne peut s'exercer sans un minimum de désintéressement, nous rétorquerons que les policiers ne changent pas avec les régimes, contrairement aux valeurs. Le policier sert l'Etat, indépendamment du fait que celui-ci soit bon, ou mauvais.
Il n'y a pas de valeurs dans la police, il n'y a que l'obéissance à la hiérarchie, et le désobéissant est tout, sauf un policier !
Penser, c'est déjà désobéir. 2°. Altermondialiste, ce n'est pas un métier, c'est une vocation pour qui a déjà éprouver l'injustice du monde.
Ici, celui qui pense qu'il n'est pas incohérent de protester contre les délocalisations et d'acheter des produits manufacturés en Asie, peut cesser de lire.
L'altermondialiste ne croit pas à une prétendue « naturalité » des sociétés humaines, il les appréhende comme des systèmes construits à partir de choix concrets. Il pense que la faim dans le monde n'est pas naturelle au XXIème siècle, mais il sait bien que l'éruption du Vésuve, malgré la superstition des hommes de l'époque, n'est pas liée à la colère des dieux, que c'est un phénomène naturel. Ainsi énoncée, la différence peut sembler évidente, mais relisez le discours naturaliste des politiques.
En outre, le monde produit aujourd'hui assez de nourriture pour nourrir la totalité de la population, les famines sont donc politiques.
C'est donc parce qu'il estime qu'il y a des catastrophes et des maux qui ne sont pas naturels, mais politiques, que l'altermondialiste se prononce en faveur d'une alternative au monde présent. Il agit au nom de valeurs : liberté, égalité, fraternité, justice. Et il agit pour réveiller les consciences endormies : il développe des réseaux d'échanges alternatifs, imagine et pratique de nouveaux modes de sociabilité. Accessoirement, lorsque les grands de ce monde se réunissent au sein de leurs forteresses de Seattle, de Gênes, de Gleneagles ou d'Heilligendam, il proteste, pour faire entendre la voix de celui qui ne profite pas du système en place, une voix qui propose quelque chose par conviction, non par intérêt.
L'altermondialiste est désintéressé. 3°De savoir qui a raison du policier ou de l'altermondialiste n'est donc pas une simple question de point de vue.
L'altermondialiste est libre, et se bat pour que chacun puisse l'être.
Le policier se bat parce qu'on lui dit de se battre, conformément aux ordres qu'il reçoit.
Le policier ne doit pas penser, il doit obéir.
L'altermondialiste pense et puisqu'il pense, se permet de désobéir à la loi pour obéir à la vie.
L'altermondialiste croit en quelque chose, c'est pour ça qu'il peut supporter les coups du policier, parce que ceux-ci ne sont qu'une manifestation de l'absurdité du pouvoir de réprimer.
Le policier qui frappe sur l'altermondialiste ne le fait pas par conviction, mais parce qu'il est payé pour le faire. A la violence de la matraque, vient donc se surajouter la violence d'un système qui fait que vous faîtes les choses non pour elles-mêmes mais parce qu'elles sont rétribuées. L'homme se détache ainsi de ses actes et nie toute responsabilité.
Si l'altermondialiste est violent, c'est une violence éclairée qui vient répondre à la violence de l'Empire, mais la plupart du temps il n'utilise ni contrainte ni violence à l'égard des hommes, car la violence et la contrainte sont des outils de l'Empire.
La violence du policier est aveugle et vénale, il est utile à maintenir l'inutile et la sclérose.
En somme donc, le monde du policier est un désastre qui tente d'empêcher l'émergence de l'autre monde, en faveur duquel s'élèvent les voix des multitudes.
Pour en finir, disons qu'éclater la tête de ceux qui croient en un monde meilleur est une activité rémunérée, mais absurde. Le policier est intéressé dans son action, et c'est pour cette raison qu'il ne peut en aucun cas être porteur de valeurs comme celles proclamées par la république française depuis trois siècles.
Cependant, l'espoir perdurera, le policier est fonctionnaire, mais son bras est celui d'un homme. Au nom de la justice et de l'humanité, désintéressé de l'argent, viendra un jour où le bras se mettra au service de la vie et désertera alors l'absurdité du corps de l'Etat...